Si tu m'oublies

Si tu m'oublies

Si tu m'oublies
je veux que tu saches
une chose.

Tu sais ce qu’il en est:
si je regarde
la lune de cristal, la branche rouge
du lent automne de ma fenêtre,
si je touche
près du feu
la cendre impalpable
ou le corps ridé du bois,
tout me mène à toi,
comme si tout ce qui existe,
les arômes, la lumière, les métaux,
étaient de petits bateaux qui naviguent
vers ces îles à toi qui m’attendent.

Cependant,
si peu à peu tu cesses de m’aimer
je cesserai de t’aimer peu à peu.

Si soudain
tu m’oublies
ne me cherche pas,
puisque je t’aurai aussitôt oubliée.

Si tu crois long et fou
le vent de drapeaux
qui traversent ma vie
et tu décides
de me laisser au bord
du coeur où j’ai mes racines,
pense
que ce jour-là,
à cette même heure,
je lèverai les bras
et mes racines sortiront
chercher une autre terre.

Mais
si tous les jours
à chaque heure
tu sens que tu m’es destinée
avec une implacable douceur.
Si tous les jours monte
une fleur à tes lèvres me chercher,
ô mon amour, ô mienne,
en moi tout ce feu se répète,
en moi rien ne s’éteint ni s’oublie,
mon amour se nourrit de ton amour, ma belle,
et durant ta vie il sera entre tes bras
sans s’échapper des miens.

Traduction de Ricard Ripoll i Villanueva

Angela Adonica

Angela Adonica

Aujourd’hui je me suis couché près d’une jeune pure
comme au bord d’un océan blanc,
comme au centre d’une étoile ardente
d’espace lent.


De son regard longuement vert
la lumière tombait comme une eau sèche,
en de transparents et profonds cercles
de fraîche force.


Sa poitrine comme un feu de deux flammes
brûlait en deux hautes zones,
et en un double fleuve atteignait ses pieds,
grands et clairs.


Un climat d’or mûrissait à peine
les longitudes diurnes de son corps
le remplissant de fruits étendus
et de feu caché.


Traduction de Ricard Ripoll i Villanueva

Ode à une Beauté Nue

Ode à une Beauté Nue

Avec un coeur chaste
Avec des yeux purs je célèbre ta beauté
Tenant la bride du sang
De sorte qu'il puisse jaillir et tracer ton contour
Où tu es couchée dans mon Ode
Comme dans une terre de forêts ou dans la vague déferlante
Dans le terreau aromatique, ou dans la musique de la mer

Beauté nue
Également beaux tes pieds
Cambrés par le tapement originel du vent ou du son
Tes yeux, légers coquillages
De la splendide mer américaine
Tes seins de plénitude égale
Faite de lumière vivante
Tes paupières de blé qui battent
Qui révèlent ou recèlent
Les deux profonds pays de tes yeux

La ligne que tes épaules ont divisée en pales régions
Se perd et se marie dans les compactes moitiés d'une pomme
Continue pour trancher ta beauté en deux colonnes
D'or brun, de pur albâtre
Pour se perdre en les deux grappes de tes pieds
Où connaît un regain ton arbre double et symétrique,
Et s'élève feu en fleur, lustre ouvert
Un fruit qui se gonfle
Au dessus du pacte de la mer et de la terre

De quelle matière
Agate, quartz, blé,
Ton corps est-il fait?
Enflant comme pain au four
Pour signaler argentées des collines
Le clivage d'un seul pétale
Suaves fruits d'un velours profond
Jusqu'à demeurée seule
Etonnée
La délicate et ferme forme féminine

Ce n'est pas seulement la lumière qui tombe sur le monde
et se répand à l'intérieur de ton corps
Et déjà s'étouffe
Sous tant de clarté
Prenant congé de toi
Comme si tu étais en feu à l'intérieur

La lune vit dans le dessin de ta peau

Pablo Neruda
Version française par: Gilles de Seze©

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Saisons d'amour

Saisons d'amour


Au commencement
Tel un vent de printemps
Notre amour à prise son envol
Longtemps du bon côté
La brise à soufflé
Pour ces deux tourtereaux
À qui le monde appartenait

Cependant
Les saisons changent
Et l'hiver qui ne devait jamais arriver
Est arrivé
Le coeur gelé par la routine
Une bourrasque de vent glacé
À suffi à les séparer

Maintenant
Que l'hiver est passé
Un printemps éternel
Est sur le point d'arriver
Pour ces deux tourterelles
À qui de nouveau le monde appartient
Un amour pas tout à fait nouveau
Mais sûrement un amour
Aussi puissant qu'un ouragan

- Dany Boutin -

Chanson à la lune..

Dans cette nuit enchantée,

Au son d'une sérénade,

Dans cette nuit constellée

Je viens, ma lune, ici,

Vous regarder, ma chérie,

Lune de mes sentiments,

De mes amis, des amants,

De mon coeur, de me désir.

Dame argentée de la nuit,

Quand je me sens très seul,

Ton éclair est mon abri.

Quand je suis aussi triste

Je regarde pour toi,

Et tu rallumes mon plaisir.

Tes éclairs me touchent doucement,

Tes rayons argentés et enchantés

Révelent aussi mes pensées.

Soulagent mes douleurs d’amour,

Apportent d’espoir à mon coeur

Et sechent les larmes de mes yeux.


Oriza Martins

Adieu

Adieu


Si un jour je meurs seul
Loin de toi je reviendrai
Sous la forme du vent
Danser dans les rues
De la ville et faire valser
Aux fenêtres les rideaux
Des chambres endormies

Si un jour je meurs seul
Sans toi je me changerai
En rai de lune et glisserai
Cependant que tu dors
Sur ta chevelure rousse
Tout le long de ton cou
Jusqu'au val de tes reins

Si un jour je meurs seul
Sans toi au bout du monde
Je reviendrai je te le jure
Trousser ton blanc jupon
De dentelle fine et tracer
Sur la peau de tes mollets
Ronds les poèmes d'amour
Que je faisais hier pour toi

Si jamais je meurs un jour
J'imprégnerai tes songes
Des parfums de la myrrhe
Et sèmerai dans ta mémoire
Le souvenir du nom de fleur
Que je te donne en silence
Quand je t'aime tendrement

Si je meurs sans toi un jour
J'emporterai dans le Fleuve
Le sang amer des oranges
D'Espagne et de cette encre
Enchantée je ferai sur les flots
Des lettres que ton âme bleue
Accueillera dans le secret


Je vivrais pourtant une heure
De plus même sous la torture
Pour seulement une seconde
Encore te serrer contre moi
Ah! envahir ton corps brûlant:
Comme l'ange aimer la fille
Ou le démon ravir la pucelle

Je meurs à l'instant mon amour
Je ne serai plus là à ton réveil
Mon destin s'accomplit - Déjà
Le rêve s'assombrit à l'exemple
Du ciel à la tombée du jour, déjà
L'aigle de feu disparaît au loin
Seul sans toi au bout du monde.

Richard Weilbrenner



VOILÀ de quoi est fait...

VOILÀ de quoi est fait...

(poème erotique)

VOILÀ de quoi est fait le chant symphonique de l'amour qui bruit dans la conque de Vénus
Il y a le chant de l'amour de jadis
Le bruit des baisers éperdus des amants illustres
Les cris d'amour des mortelles violées par les dieux
Les virilités des héros fabuleux érigés comme des cierges vont et viennent comme une rumeur obscène
Il y a aussi les cris de folie des bacchantes folles d'amour pour avoir mangé l'hippomane secrété par la vulve des juments en chaleur
Les cris d'amour des félins dans les jongles
La rumeur sourde des sèves montant dans les plantes tropicales
Le fracas des marées
Le tonnerre des artilleries où la forme obscène des canons accomplit le terrible amour des peuples
Les vagues de la mer où naît la vie et la beauté
Et le chant victorieux que les premiers rayons de soleil faisaient chanter à Memnon l'immobile
Il y a le cri des Sabines au moment de l'enlèvement
Le chant nuptial de la Sulamite
Je suis belle mais noire
Et le hurlement de Jason
Quand il trouva la toison
Et le mortel chant du cygne quand son duvet se pressait entre les cuisses bleuâtres de Léda
Il y a le chant de tout l'amour du monde
Il y a entre tes cuisses adorées Madeleine
La rumeur de tout l'amour comme le chant sacré de la mer bruit tout entier dans le coquillage

Guillaume Apollinaire

Le ciel est, par-dessus le toit

Le ciel est, par-dessus le toit

Le ciel est, par-dessus le toit,
Si bleu, sicalme!
Un arbre, par-dessus le toit,
Berce sa palme.


La cloche, dans le ciel qu'on voit,
Doucement tinte.
Un oiseau sur l'arbre qu'on voit
Chante sa plainte.


Mon Dieu, mon Dieu, la vie est là,
Simple et tranquille.
Cette paisible rumeur-là
Vient de la ville.


— Qu'as-tu fait, ô toi que voilà
PLEURANT SANS CESSE,
Dis, qu'as-tu fait, toi que voilà,
De ta jeunesse?


Paul Verlaine

Il pleure dans mon coeur

Il pleure dans mon coeur

Il pleure dans mon coeur
Comme il pleut sur la ville:
Quelle est cette langueur
Qui pénetre mon coeur?


Ô bruit doux de la pluie
Par terre et sur les toits!
Pour un coeur qui s'ennuie
Ô le chant de la pluie!


Il pleure sans raison
Dans ce coeur qui s'écoeure,
Quoi! Nulle trahison?...
Ce deuil est sans raison.


C'est bien la pire peine
De ne savoir porquoi
Sans amour et sans haine
Mon coeur a tant de peine!


Paul Verlaine

Colloque sentimental

Colloque sentimental


Dans le vieux parc solitaire et glacé,
Deux formes ont tout à l'heure passé.

Leurs yeux sont morts et leurs lèvres sont molles,
Et l'on entend à peine leurs paroles.

Dans le vieux parc solitaire et glacé,
Deux spectres ont évoqué le passé.

— Te souvient-il de notre extase ancienne?
— Pourquoi voulez-vous donc qu'il m'en souvienne?

— Ton coeur bat-il toujours à mon seul nom?
Toujours vois-tu mon âme en rêve? — Non.

— Ah! les beaux jours de bonheur indicible
Où nous joignons nos bouches! — C'est possible.

— Qu'il était bleu, le ciel, et grand, l'espoir!
— L'espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir.

Tels ils marchaient dans les avoines folles,
Et la nuit seule entendit leurs paroles.


Paul Verlaine
Poème extrait des Fêtes Galantes (1869)


Chanson d'Automne

Chanson d'Automne

Les sanglots longs
Des violons
De l'automne
Blessent mon coeur
D'une langueur
Monotone

Tout suffocant
Et blême, quand
Sonne l'heure,
Je me souviens
Des jours anciens
Et je pleure ;

Et je m'en vais
Au vent mauvais
Qui m'emporte
De-cà, de-là,
Pareil à la
Feuille morte.

Paul Verlaine

En pensant, en prenant des ombres

Poème 17

En pensant, en prenant des ombres

En pensant, en prenant des ombres au filet dans la solitude profonde.
Toi aussi tu es loin, bien plus loin que personne.
Penseur, lâcheur d'oiseaux, images dissipées
et lampes enterrées.
Clocher de brumes, comme tu es loin, tout là-haut!
Étouffant le gémir,
taciturne meunier de la farine obscure de l'espoir,
la nuit s'en vient à toi, rampant, loin de la ville.

Ta présence a changé et m'est chose étrangère.
Je pense, longuement je parcours cette vie avant toi.
Ma vie avant personne, ma vie, mon âpre vie.
Le cri face à la mer, le cri au coeur des pierres,
en courant libre et fou, dans la buée de la mer.
Cri et triste furie, solitude marine.
Emballé, violent, élancé vers le ciel.

Toi, femme, qu'étais-tu alors? Quelle lame, quelle branche
de cet immense éventail ? Aussi lointaine qu'à présent.
Incendie dans le bois ! Croix bleues de l'incendie.
Brûle, brûle et flamboie, pétille en arbres de lumière.
Il s'écroule et crépite. Incendie, incendie.

Blessée par des copeaux de feu mon âme danse.
Qui appelle? Quel silence peuplé d'échos?
Heure de nostalgie, heure de l'allégresse, heure de solitude,
heure mienne entre toutes!
Trompe qui passe en chantant dans le vent.
Tant de passion des pleurs qui se noue à mon corps.

Toutes racines secouées,
toutes les vagues à l'assaut!
Et mon âme roulait, gaie, triste, interminable.

Pensées et lampes enterrées dans la profonde solitude.
Qui es-tu toi, qui es-tu?

Pablo Neruda

Ici je t'aime.

Poème 18

Ici je t'aime

Ici je t'aime.

Dans les pins obscurs le vent se démêle.
La lune resplendit sur les eaux vagabondes.
Des jours égaux marchent et se poursuivent.

Le brouillard en dansant qui dénoue sa ceinture.
Une mouette d'argent du couchant se décroche.
Une voile parfois. Haut, très haut, les étoiles.

Ô la croix noire d'un bateau.
Seul.
Le jour parfois se lève en moi, et même mon âme est humide.
La mer au loin sonne et résonne.
Voici un port.
Ici je t'aime.

Ici je t'aime. En vain te cache l'horizon.
Tu restes mon amour parmi ces froides choses.
Parfois mes baisers vont sur ces graves bateaux
qui courent sur la mer au but jamais atteint.

Suis-je oublié déjà comme ces vieilles ancres.
Abordé par le soir le quai devient plus triste.
Et ma vie est lassée de sa faim inutile.
J'aime tout ce que je n'ai pas. Et toi comme tu es loin.

Mon ennui se débat dans les lents crépuscules.
Il vient pourtant la nuit qui chantera pour moi.
La lune fait tourner ses rouages de songe.

Avec tes yeux me voient les étoiles majeures.
Pliés à mon amour, les pins dans le vent veulent
chanter ton nom avec leurs aiguilles de fer.

Pablo Neruda

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Les deux amants heureux

Sonnet XLVIII

Les deux amants heureux

Les deux amants heureux ne font plus qu'un seul pain,
une goutte de lune, une seule, dans l'herbe,
ils laissent en marchant deux ombres qui s'unissent,
dans le lit leur absence est un seul soleil vide.


Leur seule vérité porte le nom du jour:
ils sont liés par un parfum, non par des fils,
ils n'ont pas déchiré la paix ni les paroles.
Et leur bonheur est une tour de transparence.


L'air et le vin accompagnent les deux amants,
la nuit leur fait un don de pétales heureux,
aux deux amants reviennent de droit les oeillets.


Les deux amants heureux n'auront ni fin ni mort,
ils naîtront et mourront aussi souvent qu'ils vivent
ils possèdent l'éternité de la nature.

Pablo Neruda

***

Douce est la belle

Sonnet X
Douce est la belle



Douce est la belle, comme si musique et bois,
agate, toile, blé, et pêchers transparents,
avaient érigé sa fugitive statue.
À la fraîcheur du flot elle oppose la sienne.

La mer baigne des pieds lisses, luisants,
moulés sur la forme récente imprimée dans le sable;
maintenant sa féminine flamme de rose
n'est que bulle abattue de soleil et de mer.

Ah que rien ne te touche hormis le sel du froid!
Que pas même l'amour n'altère le printemps.
Belle, réverbérant l'écume indélébile,

laisse, laisse ta hanche imposer à cette eau
la neuve dimension du nénuphar, du cygne
et vogue ta statue sur l'éternel cristal.

Pablo Neruda

Incliné sur les soirs

Incliné sur les soirs



Incliné sur les soirs je jette un filet triste
sur tes yeux d'océan.


Là, brûle écartelée sur le plus haut bûcher,
ma solitude aux bras battants comme un noyé.

Tes yeux absents, j'y fais des marques rouges
et ils ondoient comme la mer au pied d'un phare.

Ma femelle distante, agrippée aux ténèbres,
de ton regard surgit la côte de l'effroi.

Incliné sur les soirs je jette un filet triste
sur la mer qui secoue tes grands yeux d'océan.

Les oiseaux de la nuit picorent les étoiles
qui scintillent comme mon âme quand je t'aime.

Et la nuit galopant sur sa sombre jument
éparpille au hasard l'épi bleu sur les champs


Pablo Neruda

Je me souviens de toi telle

Je me souviens de toi telle


Je me souviens de toi telle que tu étais en ce dernier automne:
un simple béret gris avec le coeur en paix.
Dans tes yeux combattaient les feux du crépuscule.
Et les feuilles tombaient sur les eaux de ton âme.


Enroulée à mes bras comme un volubilis,
les feuilles recueillaient ta voix lente et paisible.
Un bûcher de stupeur où ma soif se consume.
Douce jacinthe bleue qui se tord sur mon âme.

je sens tes yeux qui vont et l'automne est distant:
béret gris, cris d'oiseau, coeur où l'on est chez soi
et vers eux émigraient mes désirs si profonds
et mes baisers tombaient joyeux comme des braises.

Le ciel vu d'un bateau. Les champs vus des collines:
lumière, étang de paix, fumée, ton souvenir.
Au-delà de tes yeux brûlaient les crépuscules.
Sur ton âme tournaient les feuilles de l'automne.

La lumière t'enrobe

La lumière t'enrobe



La lumière t'enrobe en sa flamme mortelle.
Et pensive, pâle et dolente, tu t'appuies
contre le crépuscule et ses vieilles hélices
tournant autour de toi.


Muette, mon amie,
à cette heure des morts seule en la solitude,
emplie du feu vivant,
du jour détruit pure héritière.

Sur le noir de ta robe une grappe du jour,
et de la nuit les immenses racines
ont poussé d'un seul coup à partir de ton âme,
ce qui se cache en toi s'en retourne au dehors.
Un peuple pâle et bleu ainsi s'en alimente
et c'est de toi qu'il vient de naître.

Ô grandiose et féconde et magnétique esclave
de ce cercle alternant le noir et le doré
dressée, tente et parfais ta vive création
jusqu'à la mort des fleurs. Qu'en elle tout soit triste.

Pablo Neruda

Corps de femme

Corps de femme


Corps de femme, blanches collines, cuisses blanches,
l'attitude du don te rend pareil au monde.
Mon corps de laboureur sauvage, de son soc
a fait jaillir le fils du profond de la terre.

je fus comme un tunnel. Déserté des oiseaux,
la nuit m'envahissait de toute sa puissance.
pour survivre j'ai dû te forger comme une arme
et tu es la flèche à mon arc, tu es la pierre dans ma fronde.

Mais passe l'heure de la vengeance, et je t'aime.
Corps de peau et de mousse, de lait avide et ferme.
Ah! le vase des seins! Ah! les yeux de l'absence!
ah! roses du pubis! ah! ta voix lente et triste!

Corps de femme, je persisterai dans ta grâce.
Ô soif, désir illimité, chemin sans but!
Courants obscurs où coule une soif éternelle
et la fatigue y coule, et l'infinie douleur.

Pablo Neruda

Nue, tu es aussi simple

Nue, tu es aussi simple


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Nue, tu es aussi simple qu'une de tes mains,
lise, terrestre, minimale, ronde, transparente,
tu as des lignes de lune, des chemins de pomme,
nue, tu es maigre comme le blé nue.

Nue, tu es bleue comme lenuit à Cuba,
tu as des liserons et des étoiles dans les cheveux,
Nue, tu es énorme et jaune
comme l'eté dans une église d'or.

Nue, tu es petite comme l'un de tes ongles
courbe, subtile, rosée jusqu'à l'aube
et tu entres dans le souterrain du monde

Comme dans un long tunnel de costumes et de travaux:
ta clarté s'eteint, s'habille, s'effeuille,
et de nouveau elle devient une main nue.

Pablo Neruda
Traduit par Richard Lipoli i Villanueva